ZNKR Seitei Iai : les douze kata fédéraux dans l’ordre du manuel

Je cherchais une liste des kata fédéraux du seitei iai, celle que la Zen Nihon Kendo Renmei a codifiée, et j’ai mis trois soirées à comprendre pourquoi les pages que je consultais ne tombaient pas d’accord sur leur nombre. Certaines en annonçaient dix, d’autres douze, une en citait sept. Les trois avaient raison, à des dates différentes.

Douze kata fédéraux, trois dates

Le seitei iai, qu’on traduit par « iai établi » ou « iai codifié », est un ensemble de formes mis au point par la Zen Nihon Kendo Renmei, la fédération japonaise de kendo fondée en 1952. La première série date de 1969 et comptait sept kata. Trois autres ont été ajoutés en 1980, deux encore en 2000. D’où les douze d’aujourd’hui, et d’où les listes périmées qui circulent toujours sans mention de leur date.

Dans l’ordre retenu par le manuel fédéral : Mae, Ushiro, Uke Nagashi, Tsuka Ate, Kesa Giri, Morote Zuki, Sanpo Giri, Ganmen Ate, Soete Zuki, Shiho Giri, Sogiri, Nuki Uchi. Les trois premiers partent de seiza, la position à genoux, assis sur les talons. Tsuka Ate et Nuki Uchi partent de tatehiza, un genou relevé. Les sept autres se font debout, en tachiwaza.

Ce découpage par position de départ m’a servi davantage que toutes les descriptions gestuelles que j’avais lues avant. Il dit quelque chose de l’intention de la série : commencer par le plus contraint, finir par le plus mobile.

Ce que le mot seitei porte

Seitei n’est pas le nom d’une école. C’est l’adjectif qui signale une codification volontaire, décidée par un comité, à une date connue. Il distingue ces douze formes de celles des koryu, les écoles anciennes, dont les séries se transmettent par lignée et dont l’origine exacte reste souvent indatable.

La différence change la façon de lire les textes. Un kata de koryu tire sa légitimité de sa transmission. Un kata seitei tire la sienne d’un document, qui est révisable, et qui l’a été : les éditions successives du manuel ont corrigé des points de détail comme l’angle du pied arrière ou la hauteur du chiburi, le geste d’égouttage de la lame. Cette façon d’assumer la révision m’intéresse plus que la question de l’authenticité, qui revient souvent dans les discussions en ligne et qui me paraît mal posée. J’avais abordé le même nœud en écrivant sur ce que le mot budo recouvre.

Le manuel ne s’arrête pas aux douze formes. Il fixe aussi le reiho, l’ensemble des saluts, et la manière de porter puis de dégager le sabre avant et après la série. C’est la partie que les vidéos amateurs coupent le plus souvent au montage, et celle où les documents fédéraux sont les plus minutieux.

Pratiquant en keikogi noir exécutant un salut debout dans une salle d'entraînement

Les quatre moments que toutes les descriptions reprennent

Chaque forme de la série s’organise autour de quatre moments que les descriptions fédérales nomment toujours pareil. Le nukitsuke, le dégainé qui est déjà une coupe. Le kiritsuke, la coupe qui conclut. Le chiburi. Le noto, le rengainage, exécuté sans regarder la bouche du fourreau.

J’ai longtemps pris le nukitsuke pour une préparation, une sortie de lame avant le vrai travail. C’est l’inverse. La lame sort en coupant, et ce qui suit achève un geste commencé dans le fourreau. Je l’ai compris en regardant des vidéos officielles de compétition au ralenti, image par image, parce qu’à vitesse normale l’ensemble se lit comme un mouvement unique et que l’œil ne découpe rien.

Le point qui m’a le plus occupé est le hasuji, la trajectoire du tranchant. Une lame qui arrive au bon endroit avec le tranchant mal orienté ne coupe rien du tout. Sur un iaïto, la réplique non affûtée utilisée pour la pratique, rien ne vient le signaler : pas de résistance, pas de trace. D’après ce que je lis, le son de l’air dans la lame suffit à ceux qui savent l’écouter. Je n’en suis pas là, et je ne suis pas certain d’y arriver sans quelqu’un pour me dire quand c’est juste.

Ce que les douze formes mettent au travail

Les kata ne racontent pas des combats. Mae suppose un adversaire assis en face. Ushiro, le même, dans le dos. Shiho Giri en pose quatre, répartis dans quatre directions, et personne ne prétend que la situation soit vraisemblable. Le scénario sert de support à un problème technique précis.

Sanpo Giri enchaîne trois directions, et ce qui s’y joue tient surtout à la gestion du corps entre les coupes. Sogiri, ajouté en 2000, aligne cinq coupes sur un seul adversaire et ressemble à un exercice de régularité plus qu’à une scène. Le metsuke, la direction du regard, finit par porter autant d’attention que les bras : savoir où l’on regarde quand l’adversaire est supposé tomber fait partie de la forme.

Cette lecture est la mienne, celle d’un lecteur, et je la donne comme telle. Les documents que j’ai consultés décrivent les gestes et leur enchaînement sans commenter l’intention pédagogique forme par forme. Les analyses que j’ai trouvées là-dessus viennent de pratiquants qui écrivent en leur nom, pas de la fédération.

Pourquoi les listes se contredisent

Trois causes, autant que je puisse en juger. Les révisions de 1969, 1980 et 2000 ont laissé derrière elles des pages jamais mises à jour. Les transcriptions varient selon le système de romanisation : Ganmen Ate s’écrit aussi Gammen Ate, Sogiri devient Sōgiri ou Sou Giri. Et certains intitulés ont bougé en cours de route, ce qui fait apparaître sous deux noms une forme unique.

Je recoupe donc le manuel de la Zen Nihon Kendo Renmei avec les documents du Comité national de kendo et disciplines associées, qui publie des traductions françaises. Quand les deux divergent, je note la divergence au lieu de trancher. Ma façon de vérifier ce genre de source est détaillée sur ma page de méthode, parce que sur ce sujet la moitié du travail consiste à dater ce qu’on lit.

Ce n’est pas une conclusion définitive, c’est là où j’en suis. La chose que je voudrais comprendre ensuite, c’est le rapport entre ces douze formes et les kata de kendo, qui se pratiquent à deux et suivent une logique de confrontation réelle. Les autres notes rangées dans Sports de combat parlent de disciplines où l’adversaire existe, ce qui rend le contraste plus lisible.